J'ai passé près de quarante ans en Belgique, ma terre natale, où la pluie et les ciels bas n'étaient que le décor monotone d'un quotidien dont on se plaint par habitude. Pour moi, le gris n'était alors qu'une absence de couleur, une météo maussade que l'on subit sans vraiment la regarder.

Puis, en 2002, tout a basculé. En m'installant au Burkina Faso, j'ai découvert la radicalité d'un climat binaire : neuf mois d'une sécheresse implacable suivis de trois mois d'hivernage. C’est dans cette attente de l'eau que mon regard s'est enfin levé. J'ai commencé à guetter l'horizon, en quête du moindre nuage, et c'est là que j'en ai saisi toute la beauté.

La Poésie des Contrastes

Durant les semaines précédant les premières pluies, le ciel se transforme en un théâtre grandiose. Après des mois d'azur uniforme, l'arrivée des nuages devient un événement poétique, presque sacré. Ils investissent l'espace dans une mise en scène magistrale, déclinant toute la gamme des émotions en « ique » : poétique, dramatique, onirique, romantique...

Il est paradoxal pour un Belge de s'émerveiller devant des ciels tourmentés, mais j'y ai pris goût. J'ai appris à aimer ces cieux qui magnifient la terre. Mon travail photographique ne cherche pas à retoucher cette réalité, mais à en révéler la puissance. Par le développement numérique — en jouant sur le noir et blanc, la dynamique et les contrastes — je tente de restituer l'intensité de ces instants où la nature se fait peintre.

Un Nouveau Souffle en Tunisie

Depuis mon installation en Tunisie en août 2024, ma quête visuelle a pris une dimension nouvelle. La présence de la mer et la richesse des paysages méditerranéens offrent un miroir inédit à ces ciels que je poursuis. Entre l'architecture humaine et la force des éléments, je vous invite à vous émerveiller devant ces tableaux naturels que je ne fais que capturer. 

 

(Photo Thierry Galand)